texte en date du 20 juin 1997

RAPPORTS HOMMES-FEMMES ET SIDA

par Martine David

 

INTRODUCTION : Rapports hommes-femmes et sida

Dans la plupart des pays, on constate l'existence d'un statut différent pour les femmes et les hommes. Ce constat est également fait en Afrique et résulte d'une socialisation différenciée et d'une division du travail (UNAIDS, 1995). En effet, dès leur naissance, les hommes et les femmes se voient attribuer des traits comportementaux et émotionnels qui leur sont spécifiques et qui ne peuvent, dans la plupart des cas, être outrepassés sans qu'il y ait des représailles. Ainsi, on attribue à l'un ou à l'autre des sexes un certain nombre de droits sociaux et d'obligations. Parce que ces droits sont renforcés socialement et que les obligations des hommes et des femmes diffèrent, leur accès aux ressources génératrices de pouvoir, qu'elles soient sociales ou matérielles, n'est jamais identique.

Cette division socio-économique entre les sexes crée donc des inégalités qui se répercutent sur plusieurs plans, notamment sur la santé. On pense entre autres à la santé reproductive et plus particulièrement, aux MST et au sida.

En Afrique par exemple, certaines données indiquent que les femmes sont plus susceptibles d'être infectées par le VIH que les hommes, et ce, à un plus jeune âge. Elles sont d'ailleurs le groupe le plus contaminé dans plusieurs pays d'Afrique. Or, de telles constatations méritent que l'on examine l'impact que peuvent avoir les rapports sociaux de sexe sur la propagation du virus et sur les personnes qui sont déjà atteintes du sida.

Dans les quelques pages qui suivent, nous nous pencherons d'abord sur les trois secteurs principaux où se jouent les rapports de sexe, soient ceux de l'éducation, la famille et l'économie. C'est par le biais de l'éducation que l'on inculque aux femmes et aux hommes leurs rôles sociaux respectifs. Le milieu de la famille est le lieu privilégié dans lequel s'expriment les rapports de pouvoir hommes-femmes, notamment en ce qui a trait à la sexualité, et constitue en fait le reflet d'une situation généralisée dans la société. Finalement, l'économie représente l'endroit où se manifeste la division du travail. En deuxième partie, nous aborderons les problématiques de la migration et de la prostitution, elles-mêmes engendrées par une situation d'inégalité. Dans la troisième partie, nous jetterons un coup d'oeil rapide sur les caractéristiques physiologiques de la femme qui font en sorte d'augmenter sa vulnérabilité au virus du sida, mais aussi sur certaines pratiques telles que les mutilations génitales et l'assèchement de l'organe sexuel qui facilitent d'autant plus les possibilités de contamination. En dernier lieu, il s'agira de mettre en lumière les problèmes rencontrés par les femmes qui sont largement affectées par la maladie.

Discrimination sociale

L'éducation

L'éducation est au coeur de l'amélioration du statut social et économique de la femme. Pourtant, dans plusieurs pays, les femmes font encore face à ségrégation par rapport aux possibilités de s'instruire (UNICEF, 1994). Comme le mariage est une fin en soi, on suppose que la fille aura un jour un mari qui la prendra en charge. On préfère donc retirer les jeunes filles de l'école pour leur apprendre à être de bonnes ménagères et mères modèles (Diop, 1993).

L'absence d'information et les tabous entourant la sexualité font également en sorte que les femmes ignorent presque tout sur leur santé sexuelle et reproductive, les privant ainsi d'un certain contrôle sur leur propre corps (Awusabo-Asare, 1993). Il est bien connu qu'un faible taux de scolarisation augmente les risques qu'une femme recoure à la prostitution pour assurer sa survie. Par ailleurs, la scolarisation diminue le taux de fécondité et les risques de mortalité infantile et conséquemment, favorise une meilleure santé reproductive pour la femme.

Finalement, c'est aussi au cours de leur éducation que les jeunes femmes apprendront à se soumettre aux volontés des hommes et à ne jamais les défier.

Mariage, production et reproduction

Dans de nombreux pays d'Afrique, les femmes se marient généralement très jeunes et sont nombreuses à avoir un premier enfant avant l'âge de 20 ans. En Afrique francophone de l'Ouest par exemple, l'âge moyen au premier mariage est de 15,8 ans (Oppong et Wéry, 1994). Il n'est pas rare que les hommes se cherchent de jeunes épouses ou partenaires sexuelles pour éviter d'être infectés par le VIH. Ceci est possible car les jeunes filles sont éduquées pour accomplir un rôle reproductif les amenant à dépendre des hommes plus âgés comme stratégie de survie (Guerry et Sjoberg, 1992).

En plus de l'âge au mariage, c'est le début de la vie féconde qu'il faut considérer en raison de ses effets sur la condition des femmes. La première grossesse précède souvent le mariage afin que la jeune fille fasse la preuve de sa fécondité. Elle entre donc dans sa vie reproductive avant même d'avoir acquis une autonomie psychologique et une formation scolaire ou professionnelle lui permettant d'affronter les exigences de sa maternité et de sa vie de femme.

En somme, la jeune femme passe directement de la dépendance de ses parents à celle d'un époux et le seul moyen pour elle d'acquérir un statut personnel valorisé socialement sera de mettre au monde de nombreux enfants (Oppong et Wéry, 1994). Dans la société sénégalaise par exemple, on attribue à la femme un second rang dans la société, et ce, quels que soient sa richesse et son niveau intellectuel. Tout au long de sa vie, elle demeure sous l'autorité de son mari, ses oncles, ses frères et éventuellement de ses fils et bénéficie d'un faible pouvoir de décision, même sur sa vie sexuelle et reproductive (Diop, 1993).

Une autre forme d'inégalité commune à toutes les sociétés (africaines et autres) est le plus grand contrôle exercé sur la sexualité de la femme alors qu'en revanche, les hommes jouissent d'une grande liberté sexuelle. De façon générale, on empêche la femme d'avoir des activités sexuelles avant le mariage mais on attend des hommes qu'ils soient actifs sexuellement pendant cette période de leur vie, aient plus d'une femme ou maintiennent une liaison sexuelle semi-permanente (Oppenherm Mason, 1994). Chez les hommes africains, le temps moyen entre la première relation sexuelle et le mariage est d'environ 5 à 10 ans (Van De Walle, 1990). Chez les femmes, les relations sexuelles prénuptiales n'ont souvent pour but que de prouver leur fertilité au futur mari (Anarfi, 1992).

Or, faire preuve de fertilité est un important outil de négociation pour la femme qui veut s'assurer d'une stabilité conjugale. Les relations sexuelles fécondes forment une composante majeure des relations sexuelles et l'infertilité peut même justifier le divorce. En effet, dans la majorité des cultures, l'obligation familiale d'une homme est d'assurer l'extension du lignage familial par la procréation. Ainsi, la fidélité de la femme est perçue comme essentielle au lignage alors que l'infidélité de l'homme va de pair avec l'extension du lignage, d'où la polygamie. La femme est considérée comme un cadeau social qui a beaucoup de valeur puisqu’elle produira les enfants qui travailleront sur la terre. La production et la reproduction augmentent donc la valeur de la femme au sein du groupe familial, lui donnant ainsi accès à la terre de son mari (Ankrab et al., 1994).

Toutefois, pour être en mesure de préserver sa valeur sexuelle et reproductive, elle est contrainte sexuellement par son mari et la famille qui déterminent comment sa capacité sexuelle et reproductive est utilisée. Le contrôle de la sexualité de la femme demeure donc entre les mains des membres de la famille (Oppenherm Mason, 1994; Van De Walle, 1990). Les rapports sexuels étant considérés comme un devoir conjugal, il devient inconcevable pour une femme mariée de refuser les avances de son époux. Un refus est souvent perçu comme une incitation aux relations extra-conjugales pour le mari, pouvant même conduire au divorce. D'ailleurs, dans la pratique traditionnelle de préparation au mariage de plusieurs sociétés africaines, on conseille toujours à la future épouse de ne refuser les avances sexuelles de son mari sous aucun prétexte, sauf peut-être durant la période des menstruations (Amoah, 1990 in Awusabo-Asare, 1993). À titre d'exemple, une étude réalisée au Ghana en 1991 auprès de 776 femmes a démontré que plus de 60% d'entre elles, particulièrement celles n'ayant pas reçu d'éducation formelle, considéraient qu'elles n'avaient pas le droit de refuser les relations sexuelles à leur époux infidèle. Lors de cette même étude, les deux tiers des hommes interviewés avaient affirmé que la femme n'avait pas le droit de refuser des relations sexuelles à son époux, même si celui-ci était infidèle et même si cela pouvait nuire à la santé de l'épouse (Awusabo-Asare, 1993).

Alors qu'il existe des sanctions légales, sociales et religieuses pour les femmes infidèles, ces mêmes sanctions ne s'appliquent pas aux hommes, sauf lorsqu'ils ont des relations extra-conjugales avec d'autres femmes mariées (Awusabo-Asare, 1993)

La communication dans le couple

Il est évident que, dans le mariage, la position inférieure de la femme en matière de pouvoir de décision et de conseil sur la vie sexuelle au sein du couple, ajoutée aux tabous, ne favorise pas un dialogue entre les conjoints sur la sexualité, les MST et le sida. Si la femme ose suggérer l'utilisation du préservatif ou l'évitement de comportements sexuels à risque, elle est sur-le-champ accusée d'adultère ou de promiscuité et suspectée d'avoir été infectée par une MST par un autre homme que son mari (De Bruyn, 1992). La simple initiative de parler de cette problématique est donc largement susceptible d'engendrer le rejet de la femme par l'époux, surtout dans le cadre de ménages polygames (Diop, 1993).

Or, il s'avère impossible pour les femmes de questionner leur mari à propos de leurs activités sexuelles ou d'avoir un certain contrôle sur elles. Par ailleurs, l'infidélité de l'homme est assez tolérée, principalement durant les périodes de post-partum. (Anarfi, 1992).

La violence sexuelle

Le pourcentage des femmes qui ont été infectées par le harcèlement ou les agressions sexuelles ne sera peut-être jamais connue mais on associe de plus en plus la violence à la transmission du virus.

Dans de nombreux cas, l'homme accuse régulièrement son épouse de provoquer des agressions sexuelles en refusant ses avances parce qu'elle craint d'être infectée par son mari qu'elle sait infidèle (Heise et al., 1994; Oppong et Wéry, 1994).

La participation à la vie économique

Un faible niveau d'éducation, conjugué à un mariage précoce et à de nombreuses grossesses, constitue un obstacle important à l'insertion des femmes dans la production. Aussi, l'impossibilité d'accéder aux formations professionnelles et au crédit ainsi que l'absence de droit à l'héritage des terres contribuent à accentuer la dépendance de la femme à son mari (Decosas, 1996). Le peu de femmes qui se trouvent un emploi dans le secteur formel sont confinées à des travaux de commis et de services mal payés et n'ont pas accès à des promotions. Or, la nature précaire et incertaine de plusieurs emplois dans le secteur informel, en plus des contraintes rencontrées, font en sorte que les femmes ne gagnent pas un revenu suffisant pour soutenir leur famille. En fait, même mariées, ce sont souvent elles qui ont la charge économique de leurs enfants (Oppong et Wéry, 1994).

Ces pressions économiques et le manque de qualifications personnelles amèneront de plus en plus de femmes à dépendre de la sexualité pour subvenir aux besoins de leur famille (Preble et Foumbi, 1991).

Implications pour la prévention du sida

En 1989, à la première Conférence Internationale sur Femmes et sida en Afrique, des délégués de 14 nations africaines en sont venus à la même conclusion: les forces qui prévalent depuis l'éducation à l'enfance jusqu'aux lois étatiques qui gouvernent le mariage, le divorce et le droit de propriété, préparent les femmes à se soumettre à leur partenaire masculin, et à ne pas les opposer ni leur suggérer quoi que ce soit....particulièrement dans le contexte du mariage (Decosas, 1996).

Ainsi, les femmes qui sont pauvres et dépendantes peuvent devenir piégées dans un important dilemme. En effet, si une réduction du risque de transmission du VIH semble mettre en cause la balance des pouvoirs dans les relations sexuelles et de couples, alors les mesures prises pour prévenir le sida peuvent signifier un échec dans leur rôle de femme et une perte de statut dans la famille. Les femmes qui veulent donner naissance à des enfants gardent leur position dans une relation à long terme alors que celles qui veulent se protéger des MST risquent leur statut et leur sécurité financière (Ulin, 1992). En effet, l'irrégularité des revenus des femmes dans le secteur informel et les emplois précaires dans le secteur formel accentuent leur dépendance économique à leur époux, affectant leur pouvoir de négociation dans tous les domaines de la vie conjugale, notamment celui de la sexualité.

De même, l'absence de droit à l'héritage prend une importance capitale pour le nombre croissant de femmes qui perdent leur mari décédé du sida et pour les enfants orphelins qui ne se voient pas attribuer d'héritage (Preble et Foumbi, 1991).

La polygamie, qui va souvent de pair avec les remariages faciles avec des veuves ou des femmes divorcées, tend non seulement à limiter la possibilité pour les femmes d'exercer un contrôle sur leur propre corps mais contribue également à multiplier le nombre de partenaires sexuels dans la vie de ces femmes (Van De Walle, 1990). La femme qui impose des rapports sexuels sans risque, surtout dans le mariage polygame, sera fort probablement rejetée par son mari. Si elle est dans l'incapacité de se remarier ou de se trouver un emploi décent, il est fort probable qu'elle n'aura pas d'autre choix que de recourir à une liaison sexuelle ou à la prostitution pour obtenir un revenu de subsistance (Anarfi, 1992).

Par ailleurs, parce que les niveaux d'éducation et d'alphabétisation des femmes sont faibles, elles sont rejointes moins efficacement par les campagnes de prévention du sida (Anarfi, 1992). De surcroît, les trois stratégies actuelles de prévention (réduction du nombre de partenaires, utilisation du préservatif et fidélité) ne correspondent pas à la réalité des femmes et sont sous le contrôle des hommes. Aussi, comme la majorité des femmes ne se préoccupent pas de leur propre santé, elles n’auront pas recours aux cliniques de MST qui sont inaccessibles et souvent stigmatisées.

On constate donc que les risques de transmission du VIH sont largement influencés par les rapports sociaux de sexe. Un statut inférieur à celui de l'homme ne permet pas à une femme de prendre les mesures nécessaires pour se protéger. Inversement, les femmes qui bénéficient d'un statut plus égalitaire, telles que les femmes de la société Yoruba sur la côte ouest africaine, sont à même d'exercer un plus grand contrôle sur leur corps. En effet, les femmes Yoruba monopolisent le commerce et ont droit aux produits de la ferme qu'elles aident à produire. Elles ont souvent des budgets séparés de leur mari et subviennent à leurs besoins et ceux de leurs enfants. Elles peuvent facilement avoir accès au divorce et peuvent retourner à leur famille d'origine. Toutefois, la nature patriarcale de la société et le paiement de la dot donnent au mari le droit de demander les relations sexuelles et la reproduction. Néanmoins, les femmes Yoruba ont la possibilité de refuser des relations sexuelles à plusieurs occasions (pendant les menstruations, durant la grossesse et jusqu'à trois ans après la grossesse, pendant l'allaitement, après être devenue grand-mère et après la ménopause) (Orubuloye et al., 1993).

Migration et prostitution

Problèmes économiques et migration

Les courants de migration ont augmenté considérablement durant les décennies 80 et 90 en raison de pressions environnementales et, surtout, économiques (Oppong et Wéry, 1994). Conséquemment, les gens sont appelés à migrer, en quête de meilleures conditions de vie.

Les hommes comme les femmes sont touchés par la pauvreté mais la crise économique les affecte différemment. Le manque de terres, les disparités économiques entre la campagne et la ville, et le manque de services dans les régions rurales ont amené dans les villes les hommes à la recherche d'un emploi. Mais lorsqu'ils choisissent d'émigrer, le coût de la vie en milieu urbain ne leur permet pas de continuer à subvenir aux besoins de la famille. Pour plusieurs hommes, la solution sera de continuer leur chemin d'exil alors que l'épouse devra se débrouiller seule (Diop, 1993).

Ces problèmes, accompagnés de la séparation familiale et de la diminution de la productivité agricole, inciteront plusieurs femmes à abandonner la sécurité de leur village dans l'espoir d'une vie meilleure pour elles et leurs enfants dans un milieu urbain. Cependant, les nouvelles arrivantes y trouveront des perspectives économiques limitées. De plus, les femmes mariées ou célibataires qui auront quitté les communautés rurales auront défié les coutumes sociales en établissant des foyers indépendants, loin du noyau familial. Une telle décision peut représenter une brisure avec ses origines et un transfert permanent de domicile. Sans le soutien de la famille, l'éducation et les aptitudes professionnelles requises en région urbaine, plusieurs de ces femmes migrantes deviendront rapidement dépendantes d'autres stratégies de subsistance qui augmenteront les risques de contracter le VIH (Ulin, 1992).

Par exemple, l'axe migratoire Ghana-Abidjan est dominé par les femmes. La migration est circulaire et composée de jeunes femmes d'environ 23 ans dont 92% ne sont pas mariées. Plus de 80% d'entre elles n'ont pas d'éducation formelle et donc ne disposent pas des qualifications et aptitudes nécessaires leur permettant de pénétrer le marché formel de l'emploi. Pour 40% d'entre elles, le départ pour Abidjan fut motivé par de mauvaises conditions d'emploi au Ghana. D'autre part, 60% de ces femmes avaient au moins un enfant lorsqu'elles sont parties du Ghana. Environ 75% sont impliquées dans la prostitution dans une forme ou une autre. Les vieilles migrantes aident les nouvelles venues à s'installer et les initient dans la profession en les présentant à des clients. Une des femmes interviewées disait: "Au Ghana, les hommes m'utilisaient gratuitement. Alors est-ce mal de venir ici et le faire pour de l'argent?" (Anarfi, 1992).

Schémas migratoires

La migration des personnes quittant leur lieu de résidence de façon définitive ou temporaire est un phénomène complexe. Il existe en effet cinq catégories de migrations: migration de réfugiés, migration de réinstallation, migration internationale de la force de travail, migration intérieure et phénomène de navette dite migration circulaire. Nous aborderons les trois dernières, qui sont particulières à l'Afrique occidentale.

En Afrique occidentale, la migration internationale de la force de travail est la catégorie prédominante et se produit quand toutes les options ont été épuisées dans le pays d'origine. On estime actuellement à 5 000 000 les migrants qui circulent en Afrique occidentale. Cette forme de migration est normalement liée aux variations saisonnières de la demande de main d'oeuvre agricole. Un certain nombre de migrants travaillent illégalement et ne sont donc pas répertoriés. Ceci est particulièrement vrai pour les femmes qui, comme dans leur pays d'origine, sont employées dans le secteur informel de l'économie comme commerçante, domestique ou prostituée (Decosas, 1996).

Au Burkina, par exemple, les mauvaises conditions agricoles et la faible productivité des terres font en sorte que les 2 000 000 de Burkinabés, principalement des hommes, quittent le pays chaque année, à la recherche d'un emploi temporaire. Pour eux, la migration saisonnière constitue la meilleure stratégie de survie. Toutefois, cette migration entraîne l'accélération de l'épidémie du sida puisque que la majorité des cas est concentrée dans les communautés immigrantes des régions rurales (Decosas, 1996).

La Côte d'Ivoire, pays le plus riche d'Afrique occidentale, attire considérablement de travailleurs/ses migrant/es de la région, dont beaucoup sont des hommes entre 15 et 35 ans. Ces travailleurs sont souvent mariés et recrutés dans des camps de travail exclusivement masculins qui peuvent regrouper jusqu'à 2 000 hommes. Toutes les fins de semaine, ces camps reçoivent un convoi de 30 à 40 prostituées (Decosas, 1996). On imagine donc facilement l'ampleur que peut prendre l'infection du VIH dans un tel réseau.

La migration intérieure, particulièrement la migration vers les villes, dans les pays en forte croissance démographique, est également très importante. En Afrique de l'Ouest, on compte 1,7 millions de personnes qui, chaque année, quittent les campagnes pour les villes.

Finalement, la navette ou migration circulaire consiste à voyager fréquemment et régulièrement entre le lieu de résidence et celui du travail. Elle peut être locale ou internationale, et est constituée principalement de populations itinérantes telles que les commerçants ou chauffeurs routiers. Leur mobilité et mode de socialisation en font des groupes à risque pour le sida..

De manière générale, les groupes de migrants en Afrique de l'Ouest sont devenus une des cibles des campagnes de prévention des MST et du sida. Les trois catégories de migration que nous avons abordées ont des implications sur la dynamique de l'épidémie du sida, mais c'est la migration circulaire, principalement la migration internationale de la force de travail, qui est la principale cause de son expansion (Decosas, 1996).

La prostitution

Une faible économie et le haut taux de chômage ont amené plusieurs femmes à vendre leurs services sexuels souvent considérés comme le seul moyen dont elles disposent pour survivre. Au Zaïre, les femmes commis sont un exemple d'un plus grand réseau de femmes qui ne sont capables de survivre qu'en vendant des services sexuels occasionnellement en échange de la protection et des cadeaux que les hommes de plus haut statut peuvent leur offrir. Même les femmes qui ont réussi à entrer dans la force de travail peuvent avoir recours à du sexe non payé dans l'intérêt d'une sécurité d'emploi ou pour négocier une augmentation. Les étudiantes sans soutien familial sont souvent contraintes à une forme de prostitution informelle pendant la durée de leurs études pour leur permettre de subvenir à leurs besoins (Ulin, 1992). Il n'est pas nécessaire de préciser que ce genre de pratique affecte la santé, l'estime de soi et la croissance personnelle de ces femmes.

Se retrouver dans un relation amoureuse qui implique des récompenses financières ou autres pour la femme n'est pas perçu comme de la prostitution au sens strict du terme. Néanmoins, lorsqu'il s'agit de prostitution, l'honneur de la famille est en jeu et la femme est fortement encouragée à partir loin de sa région d'origine (Anarfi, 1992).

L'évolution de la prostitution en Afrique de l'Ouest

La prostitution en Afrique de l'Ouest n'est pas un phénomène récent mais son organisation a subi des changements considérables au cours des dernières années. Vers la fin de la période coloniale jusqu'au début de l'indépendance, la prostitution en Afrique de l'Ouest était dominée par la présence de femmes nigérianes. Toutefois, au commencement des années 80, cette dominance nigériane a laissé la place aux femmes ghanéennes dans la plupart des pays, à l'exception du Nigéria.

Ce changement s'explique en grande partie par les changements sur le plan économique qui ont eu lieu dans ces deux pays. D'une part, l'économie du Nigéria a connu une expansion importante à la suite de découverte de nappes pétrolifères, faisant en sorte d'attirer les anciennes migrantes vers leur pays natal. Cependant, au même moment, le Ghana entrait dans une crise économique profonde qui a incité beaucoup de ces habitants à émigrer dans les pays voisins.

Les Ghanéennes ont rapidement adopté le style de prostitution des Nigérianes tout en y ajoutant une plus grande hiérarchisation. Chaque groupe ethnique nommait une responsable de groupe, et chacune était sous les ordres directs du chef de la communauté ghanéenne qui était, la plupart du temps, un homme.

Au cours des années, d'autres formes de prostitution ont pris de l'expansion, notamment la prostitution de rue ou de bar et la prostitution à temps partiel. Les femmes qui pratiquent cette forme de prostitution sont généralement très compétitives et n'ont pas de cohésion de groupe. Elles ne se définissent pas comme prostituées et ne font pas confiance aux interventions en santé publique, notamment en ce qui concerne la prévention du sida et des autres MST. Comme elles ne se prostituent pas dans le même district que celui de leur résidence, il devient difficile de les joindre lorsqu'elle ne travaillent pas. Les proxénètes et les propriétaires de bordels jouent un rôle important dans ce type de prostitution.

Les changements dans le milieu de la prostitution se poursuivent toujours en Afrique de l'Ouest. Les femmes ghanéennes disparaissent maintenant peu à peu en raison du taux élevé de morbidité et de mortalité liée au VIH. De plus, étant donné que le Ghana se relève peu à peu de sa crise économique, les femmes retournent pour pratiquer leur métier dans leur pays.

Au Burkina Faso, les résidences autrefois occupées par les Ghanéennes laissent de nouveau la place aux Nigérianes. Au Bénin, en Côte d'Ivoire et au Ghana, les femmes locales font de plus en plus appel à la prostitution de rue et de bar. Le nombre de femmes du Sahel dans la prostitution devient de plus en plus important.

L'organisation selon les pays

À Cove, on distingue deux formes de prostitution: la prostitution couverte ou occasionnelle, entretenue par les femmes locales, et la prostitution ouverte ou professionnelle, exercée exclusivement par les Ghanéennes. Il y a également un certain nombre de femmes libres, normalement célibataires, qui acceptent des liaisons pour une nuit ou pour un temps plus long et se laissent payer en cadeaux pour les rapports sexuels. Elles ont une profession et un statut social acceptés et l'opinion publique ne les considère pas comme des prostituées mais les met à l'écart en ce qui concerne les possibilités de mariage (Rumpf, 1992).

À Abidjan, il existe quatre sortes de prostituées. Les prostituées de la classe élevée vivent dans un appartement d'un quartier exclusif et limitent leurs activités aux hommes de haut statut. Elles vont souvent consulter les cliniques médicales et sont donc exemptes de MST. Les prostituées mobiles se placent à des endroits précis au début de la soirée et partent avec les camionneurs. Les prostituées communes  forment le type de prostitution le plus populaire. Elles reçoivent leurs clients dans leurs propres chambres mais s'assurent d'abord qu'ils sont en mesure de payer. Finalement, les prostituées "à marché ouvert" travaillent de façon très visible et sont celles qui demandent le moins pour leurs services.

La plupart des prostituées, mis à part celles de la classe élevée, n'utilisent pas de formes modernes de contraception. En vue de se protéger de la grossesse et des MST, elles se douchent après les relations ou font des cicatrices rituelles autour de leur taille mais ne vont pas aux cliniques médicales. Le coût des traitements médicaux en Côte d'Ivoire est très élevé, ce qui renforce l'habitude des prostituées à recourir aux médicaments du marché noir ou aux guérisseurs traditionnels (Anarfi, 1992).

Au Ghana, on identifie deux catégories de prostituées; elles se distinguent selon leur façon de se mettre en contact avec leurs clients. Les seaters, la première catégorie, sont des professionnelles bien organisées et hiérarchisées, qui travaillent dans le secteur le mieux nanti des villes. Elles sont représentées, à l'échelon national, par l'Association des veuves du Ghana, et réussissent à gérer elles-mêmes leurs propres organismes d'aide mutuelle. Les roamers, l'autre catégorie, sont en moyenne plus jeunes, plus entreprenantes, et entrent en contact directement avec leurs clients dans les bars, les hôtels et dans la rue. Nombre d'entre elles travaillent avec un souteneur mais ne se considèrent pas comme prostituées professionnelles. La prostitution ne constitue pour elles qu'une alternative transitoire de survie économique. Comme la cohésion de leur groupe est faible, il devient de plus en plus difficile de les joindre lors des campagnes de prévention du sida (Anarfi, 1993; Decosas, 1996).

De manière générale, les prostituées au Ghana sont bien informées sur le sida et les MST et connaissent le rôle protecteur du préservatif (Decosas, 1996).

Implications pour la prévention du sida

La migration

C'est la combinaison de la migration sexuelle et du grand nombre de partenaires sexuels qui produit les épidémies générées par les relations sexuelles. Ainsi, les réseaux sexuels fermés ne deviendront pas infectés jusqu'à ce qu'une personne ayant migré rapporte le virus (Oppong et Wéry, 1994).

D'autre part, la migration des hommes accroît la lourde charge liée aux responsabilités productives et reproductives de la femme. Cette migration est également responsable de l'augmentation de la prévalence des MST et du relâchement des normes entourant le comportement sexuel (Oppong et Wéry, 1994).

La prostitution

Le faible niveau de revenu des femmes en a poussé beaucoup à la profession du sexe, souvent de manière clandestine ou occasionnelle qui, combinée au manque d'information sur la maladie et les moyens de prévention, accroît les risques du sida et des autres MST (Ankrab et al., 1994). Il existe une forte corrélation entre les revenus et la prévalence du VIH parmi les prostituées. Celles qui ont besoin d'un très grand nombre de partenaires pour survivre sont les plus exposées à la transmission du virus et des autres MST. Inversement, on constate une baisse des taux de prévalence du VIH parmi les prostituées les plus privilégiées qui sont à même de vivre correctement en se limitant à deux ou trois clients par semaine (Decosas, 1996).

Le rôle des femmes ghanéennes dans le cycle de la transmission du VIH est clairement indiqué par la répartition entre les sexes des cas de sida recensés au Ghana. En effet, le Ghana est le seul pays au monde qui a constamment fait état d'un excès de contamination féminine (Anarfi, 1995). De manière paradoxale, les femmes ghanéennes sont peut-être victimes du développement social de leur pays. En effet, une plus grande scolarisation et un niveau d'éducation plus élevé, ont éveillé en elles des ambitions professionnelles qui n'ont pu s'actualiser dans leur propre pays et les ont contraintes à la migration. Toutefois, les emplois décents pour les femmes étant limités, la prostitution se révèle encore une fois comme une des solutions les plus accessibles. Actuellement, plus de la moitié des 10 000 prostituées professionnelles d'Abidjan en Côte d'Ivoire, est d'origine ghanéenne et plus de 80% d'entre elles sont infectées par le VIH. Pour elles, il devient difficile de quitter la prostitution pour retourner dans leur pays en raison des coûts élevés qu'elles doivent assumer pour traiter les infections causées par le virus. La plupart d'entre elles souhaiteraient retourner à leur famille mais sont souvent contraintes à demeurer sur place, en attente d'une trève de la maladie pour poursuivre leur travail et payer les dettes accumulées. Il devient donc urgent de se tourner vers cette problématique pour appuyer le rapatriement de ces femmes vers leur domicile d'origine, et ce, avant qu'elles ne s'endettent afin qu’elles ne deviennent pas un fardeau économique pour la communauté (Decosas, 1996).

Toutefois, malgré le risque croissant de l'infection au VIH, les clients sont toujours aussi nombreux car les prostituées demeurent moins coûteuses qu'une copine ou une femme dont ils seraient responsables (Raufu, 1994). À cause des campagnes sur le sida, les hommes commencent maintenant à délaisser les prostituées plus âgées au profit des jeunes étudiantes qui, selon eux, ne sont pas à risque d'avoir contracté le virus (Ulin, 1992).

Même s'il est vrai que plusieurs prostituées sont infectées par le VIH, le seul fait de les considérer comme un groupe à risque a contribué à les stigmatiser plutôt qu'à mettre en oeuvre des interventions pour répondre à leurs besoins spécifiques. Cette stigmatisation est également problématique, dans la mesure où la nature commerciale de l'échange sexuel est identifiée comme étant le coeur du problème alors que les déterminants socio-économiques menant à cette pratique ne sont même pas considérés. Cette stigmatisation a également contribué à dissoudre la cohésion des groupes de prostituées, rendant encore plus difficile la tâche des intervenants en prévention du sida qui tentent de les rejoindre.

Somme toute, les conditions de pénurie et de compétition pour la survie influencent l'interprétation que se font les femmes de leur sexualité. Il est donc logique de penser que plus une femme sera dépendante économiquement, plus elle associera la sexualité à une valeur d'échange contre la prostitution et le soutien pour elle et ses enfants. Or, tant et aussi longtemps que la sexualité sera un moyen de survie, autant pour la femme mariée que pour la prostituée, ses avantages économiques renforceront les comportements à risque et perpétueront l'impuissance des femmes à se sortir de cette situation.

Vulnérabilité physiologique

Il est bien connu que les femmes sont physiologiquement plus vulnérables à la transmission du VIH et des autres MST, puisque la fragilité des parois et la surface de l'organe sexuel féminin offrent de multiples voies d'entrée au virus. Ceci est particulièrement vrai chez les jeunes filles dont le col de l'utérus immature et la faible production de mucus vaginal ne procurent qu'une mince barrière contre les infections.

Les femmes sont également les principales concernées par les transfusions sanguines qui sont susceptibles de leur transmettre le virus, et ce, principalement dans les régions éloignées où les banques de sang ne sont pas systématiquement testées pour le VIH. De surcroît, comme les femmes se valorisent peu et même si elles sont conscientes de leurs propres problèmes reproductifs, elles considèrent ce genre de maladie comme une partie inévitable de leur vie (Oppong et Wéry, 1994).

MST

Non seulement la femme est plus vulnérable que l'homme à la transmission du VIH mais ce risque s'accroît de 5 à 10 fois s'il y a présence de MST causant des lésions et ulcères dans l'organe reproductif. De plus, la plupart des MST sont asymptomatiques chez les femmes et l'absence de services spécifiquement dédiés à diagnostiquer et traiter les problèmes de santé reproductive des femmes rend difficile le traitement des MST. En effet, les programmes de santé des pays en voie de développement n'ont jamais accordé une grande priorité à la prévention et au contrôle des maladies sexuellement transmissibles jusqu'à l'apparition du VIH. Pourtant, les conséquences de certaines MST peuvent s'avérer fatales. Mentionnons entre autre la gonorrhée, la syphilis ou la chlamydia qui sont des causes significatives de morbidité et de mortalité maternelles. En Afrique, par exemple, la mortalité maternelle due aux infections à gonorrhée ou à chlamydia peut atteindre les 0,2% par année et l'incidence des infections postpartum liées à ces infections varie entre 10-20 % (Piot et Over).

Chez les nouveau-nés de mères infectées par la gonorrhée, les conjonctivites et les maladies respiratoires sont les principales causes de morbidité. Environ 10-12% des enfants nés d'une mère infectée par la syphilis mourront durant la période néonatale s'ils ne sont pas traités à temps. La syphilis congénitale provoquera, dans 25 à 75% des cas, des handicaps physiques et mentaux chez les enfants (Piot et Over).

En raison de l'ampleur de l'épidémie du VIH, on remarque un renouveau d'intérêt envers la lutte contre les MST dans la santé publique. Cependant, pour plusieurs femmes des régions rurales, la distance et le manque de moyens de transport, jumelés aux nombreuses responsabilités du foyer, font en sorte qu'elles n'iront pas chercher les traitements nécessaires (Omorodion, 1993).

Herbes asséchantes

Les femmes utilisent plusieurs agents qui sont destinés à resserrer l'organe sexuel et à assécher les sécrétions avant les rapports sexuels. Les relations sexuelles "sèches" sont basées sur l'idée que le vagin de la femmes devrait être sec, serré et chaud afin d'augmenter le plaisir sexuel de l'homme et ainsi le garder "doux", c'est-à-dire plus fidèle. Certaines considèrent qu'un vagin mouillé et large est le résultat d'une mauvaise chance, d'un mauvais sort ou d'une grande activité sexuelle. Plusieurs femmes ont admis souffrir de la douleur résultant de l'augmentation de la friction durant la relation, en plus des démangeaisons et des sensations d'échauffement causées par les agents utilisés. Cette pratique a été largement rapportée au Malawi, Cameroun, Ghana, Kenya, Zaire, Zambie et Zimbabwe. Au Cameroun, les femmes insèrent également du gros sel pour enlever la moiteur et ce genre de pratique conduit souvent à des hémorragies.

Évidemment, les préservatifs ne sont pas conçus pour les relations sexuelles sèches et risquent de se déchirer lors d'une friction excessive (Zavriew, 1994).

Mutilations génitales

L'excision du clitoris, et parfois des petites et grandes lèvres, est très répandue en Afrique de l'Ouest. La forme la plus grave de mutilations sexuelles est l'infibulation qui consiste à enlever le clitoris, les petites et grandes lèvres et coudre ensemble les côtés de la vulve. Les femmes infibulées doivent souvent être rouvertes au couteau lorsqu'elles se marient. Dans certains cas, les maris ouvrent la cicatrice en utilisant leurs doigts, un rasoir ou un couteau. Dans d'autres cas, l'acte de pénétration peut forcer l'ouverture. Inutile de dire qu'il peut y avoir beaucoup de perte de sang lors de la déchirure de la peau, ce qui facilite transmission du VIH (Zavriew, 1994).

Les femmes affectées par la maladie

Les femmes garantes des soins aux malades

Les femmes se voient généralement attribuer les soins des membres de la famille, dont ceux atteints du sida. De même, lorsque des parents meurent du sida, la charge des enfants revient souvent aux tantes, grand-mères ou aux co-épouses dans le cas de mariages polygames (De Bruyn, 1992; Anarfi, 1995).

On remarque de plus en plus une tendance à retirer très tôt les jeunes filles de l'école afin qu'elles puissent aider à la charge des travaux domestiques causée par les maladies ou la mort des membres de la famille suite à l'infection au VIH. Ainsi, dans les régions où l'éducation de la femme est un phénomène récent, la problématique du sida vient contribuer à appauvrir son statut (Oppong et Wéry, 1994).

Les femmes atteintes du sida

Les conditions qui mettent les femmes à risque de morbidité et mortalité maternelles augmentent directement et indirectement leur vulnérabilité à l'infection au VIH. Accablées sous le travail domestique et épuisées par les nombreuses grossesses, la malnutrition et les maladies chroniques, beaucoup de femmes continuent à avoir des enfants et gèrent leur ménage avec peu de temps et d'énergie, ce qui ne leur laisse pas la possibilité de s'occuper de leurs propres besoins.

Les femmes atteintes du sida sont souvent rejetées par le mari et la famille, sont suspectées d'infidélité et perçues comme les vecteurs du virus, même si elles ont été infectées par leur mari. Elles reçoivent donc très peu de soutien social comparativement aux hommes. Ainsi, alors qu'il existe un nombre égal d'hommes et de femmes atteints du sida, la majorité des lits d'hôpitaux pour les malades du sida sont occupés par des hommes (Reid, 1990).

Les femmes séropositives courent également un plus grand risque de complications à la grossesse, telles que des avortements spontanés ou des accouchements prématurés. De plus, les mères qui souffrent du sida ne sont pas à même de procurer les soins nécessaires à leurs enfants afin que ceux-ci survivent aux nombreuses maladies infantiles qui sont responsables de la majorité des mortalités infantiles (De Bruyn, 1992).

Finalement, même si la famille élargie traditionnelle a jusqu'à maintenant assumé les besoins des enfants abandonnés ou négligés, on constate de plus en plus une certaine déresponsabilisation liée à l'apparition du sida. En effet, le statut économique instable de la famille africaine, les changements dans la dynamique de la famille, le stigma accolé au sida et la peur que les orphelins en soient eux-mêmes infectés peuvent contribuer au rejet des enfants orphelins du sida (Preble et Foumbi, 1991).

CONCLUSION

Nous avons tenté d'exposer en termes concis les différents facteurs socio-économiques qui augmentent la vulnérabilité des femmes au sida en tant que femmes, épouses, mères et membres de la société.

Leur manque d'éducation et, conséquemment, leur manque de formation professionnelle dans une économie qui se modernise, contribuent à accentuer leur dépendance aux hommes, que ce soit leur époux ou leurs partenaires sexuels, tout en les empêchant d'exercer un contrôle sur leur propre sexualité.

Il est donc clair que les rapports hommes-femmes jouent un rôle capital dans la transmission du VIH et qu'il est grand temps de se pencher davantage sur l'élaboration de stratégies pour contrer l'infection.

Dorénavant, les programmes de prévention mis en place ont avantage à intégrer dès le départ la problématique des rapports hommes-femmes. De même, les femmes doivent être impliquées dans la planification, l'implantation et la gestion de stratégies de prévention leurs étant dédiées et ne plus seulement en être les bénéficiaires. En somme, il faut absolument partir de l'expérience des femmes pour mieux comprendre les difficultés auxquelles elles sont confrontées quotidiennement dans leur vie sexuelle, reproductive et productive et répondre adéquatement à leurs attentes et besoins réels.

Références

Anarfi, J. K. (1992). Sexual Networking in Selected Communities in Ghana and the Sexual Behavior of Ghanaian Female Migrants in Abidjan, Côte d'Ivoire. in Tim Dyson, Sexual behaviour and networking: anthropological and sociocultural studies on the transmission of HIV. Derouaux-Ordina, Liège, pp.233-247.

Anarfi, J.K. (1995). The Conditions and Care of AIDS victims in Ghana: AIDS sufferers and their relations. Health Transition Review, vol 5, pp. 253-263.

Anarfi, J.K. (1993). Experimental Research on Sexual Networking in Some Selected Areas of Ghana. Health Transition Review, vol 3, supp., pp.1-13.

Ankrah, M., Mhloyi, M., Manguyu, M., et al. (1994). Women and Children and AIDS. AIDS in Africa, pp. 533-547.

Awusabo-Asare, K., Anarfi, J.K., Agyeman, D.K. (1993). Women's Control over their Sexuality and the Spread of STDs and HIV/AIDS in Ghana. Health Transition Review, vol 3, supp., pp. 1-13.

De Bruyn, M. (1992). Women and AIDS in Developing Countries. Social Science and Medicine, 34 (3), pp. 249-262.

Decosas, J. (1996). Migration et sida en Afrique de l'ouest. Le journal du sida, no. 86, pp. 97-103.

Diop, W. (1993). Femmes, pauvreté et sida. Rapport de l'atelier thématique du 8 juillet 1993 organisé par le projet "Support à la lutte contre le sida au Sénégal". Société de Développement International Desjardins. Québec.

Du Guerry, J., Sjoberg, E. (1992). Inter Relationship Between Gender Relations and the HIV-AIDS Epidemic: Some Possible Considerations for Policies and Programmes. United Nations Office at Vienna - Center for Social Development and Humanitarian Affairs, Division for the Advancement of Women, Autriche, 20p.

Heise, L., Raikes, A., Watts, C et al. (1994). Violence against Women: a Neglected Public Health Issue in Less Developed Countries. Social Science and Medicine, 39 (9), pp.1165-1179.

Omorodion, F.I. (1993). Sexual Networking of market Women in Benin City, Edo State, Nigeria. Health Care for Women International, 14, pp.561-571.

Oppenherm Mason, K. (1994). HIV Transmission and the Balance of Power Between Women and Men: a Global View. Health Transition Review, supp.vol 4, pp.217-240.

Oppong, C., Wéry, R. (1994). Women's Roles and Demographic Change in Sub Saharan Africa, IUSSP, Policy and Research papers.

Orubuloye, I.O., Caldwell, J.C., Caldwell, P. (1993). African Women's Control over their Sexuality in an era of AIDS: a Study of the Yoruba of Nigeria. Social Science and Medicine, 37(7), pp. 859-872.

Piot, P., Over, M. ( ).. in Jamison, D. T. et al Disease Control Priorities in Developing Countries. Banque Mondiale, pp.455-528.

Preble, E.A., Foumbi, J. (1991). The African Family and AIDS: a Current Look at the Epidemic. AIDS, 5 supp.2, pp. 263-267.

Raufu, A. (1994). Poorest Sex Workers Most at Risk in Nigeria. PANOS World AIDS, 34, p.3.

Reid, E. (1990), Placing Women at the Center of the Analysis. ACDI, Ottawa.

Rumpf, B. (1992). Projet pilote de sensibilisation sur le sida dans un milieu rural: le cas des prostituées ghanéennes à Cove. GTZ-Regional AIDS Program, Allemagne.

Ulin, P.R. (1992). African Women and AIDS: Negotiating Behavioral Change. Social Science and Medicine, 34 (1). pp.63-73.

UNAIDS. (1995). Reducing Women's Vulnerability. Points of View. UNAIDS, Washington.

UNICEF. (1994). The Potential Impact of HIV/AIDS on Women, Youth and Children. UNICEF. Bureau régional de l'Asie du Sud-Est et du Pacifique.

Van De Wall, E. (1990). The Social Impact of AIDS in Sub-Saharan Africa. The Milbank Quarterly, vol 68. supp. 1,

Zavriew, L. (1994). Dangerous Practices? PANOS World AIDS, 33, pp.5-9.

Haut de page