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Thèmes:
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  • ART en Afrique

 

Projet d'appui à la lutte contre le sida
en Afrique de l'Ouest/Sida 3
(2001-2006)

Bénin 

Au Bénin, tout comme au Ghana, le travail dans les milieux prostitutionnels est en cours depuis 1996, ce qui lui donne une longueur d'avance sur les autres pays. SIDA 3 au Bénin vise d’abord et avant tout à maintenir et à consolider les interventions initiées en phase 2, auprès des travailleuses du sexe et de leurs partenaires sexuels, dans trois départements du pays, soit l'Atlantique, le Mono et l'Ouémé. Deux autres départements sont couverts depuis 2001, soit le Zou et le Borgou. Ainsi, la ville de Parakou, troisième plus grande agglomération urbaine du Bénin avec plus de 180,000 habitants, a été retenue dès la première année en raison de ses caractéristiques qui en font un milieu à hauts risques, de même que la zone d’Abomey/Bohicon, constituant un important carrefour  routier de l'axe Cotonou/Niger/Burkina. 

Au cours des prochaines années, l'extension géographique du Projet se fera graduellement, en fonction des données de prévalence VIH, des informations obtenues des exercices de cartographies des milieux prostitutionnels.Du fait que les stratégies en milieux prostitutionnels étaient bien amorcées, et vu l’expérience de l’équipe terrain et des diverses ONG collaborant avec elle pour les activités de communication, le déploiement de certaines activités s’est fait plus rapidement au Bénin. Citons:

·         les enquêtes de Surveillance de seconde génération, qui associent des questionnaires sur les comportements sexuels et des tests biologiques pour établir la prévalence des infections sexuellement transmissibles, incluant le VIH, chez les travailleuses du sexe et leurs clients.

·         le dépistage volontaire gratuit du VIH chez les travailleuses du sexe, donnant la possibilité aux femmes déclarées séropositives de recevoir un traitement, gratuit également, contre les maladies en question

Les résultats des enquêtes de surveillance de seconde génération ne sont pas encore compilés, mais les analyses préliminaires nous indiquent que 41,1% des travailleuses du sexe, toutes zones confondues, sont séropositives. Ces données incitent le Projet à poursuivre dans la direction prise, à savoir d’accentuer la prévention auprès de ces cibles et des autres clientèles qui gravitent autour des milieux prostitutionnels. Le problème majeur qui se pose est de savoir comment rejoindre, sensibiliser et drainer vers les « services de santé adaptés » un plus grand nombre de prostitues mobiles et clandestines, de plus en plus jeunes. Un dépliant sur les IST/VIH/SIDA a été conçu pour la sensibilisation de ces groupes particuliers. L’approche des paires éducatrices et l’implication d’animateurs de sexe masculin sont vraisemblablement les solutions les plus appropriées, à condition de former, d’encadrer et de superviser ces agents. 

Par ailleurs, une nouvelle initiative est en cours d’expérimentation: « Initiative Café Rencontres ». L’équipe du Projet a organisé un « focus group » rassemblant des travailleuses du sexe à Cotonou en vue d’obtenir leur adhésion et leurs opinions sur les modalités pratiques de mise en œuvre de cette activité, qui vise essentiellement le regroupement de ces femmes et le partage de leurs préoccupations communes. À l’issue de la première rencontre, les femmes visées se sont déclarées très favorables et elles se sont dites prêtes à participer aux rencontres. Déjà, après quelques rencontres, plusieurs nouvelles participantes se sont jointes et ont été référées au Dispensaire IST de Cotonou, qui enregistra un forte augmentation des consultations le jour même de la rencontre.

Pour  donner un aperçu de la moyenne de fréquentation et de suivi depuis le démarrage de la troisième phase au Bénin, environ 650 travailleuses du sexe et autres femmes à partenaires multiples sont suivis, dont 445 à Cotonou.  Semestriellement, environ 1 125 visites de dépistage sont enregistrées, dont 70% à Cotonou. Par ailleurs, l’analyse des fiches de suivi révèle que la majorité des femmes à partenaires multiples déclarent utiliser le condom avec leurs clients : 90% avec leur dernier client ; 85% souvent ou toujours avec leurs clients de la dernière semaine de travail ; 14% parfois ou jamais. Une étude portant sur l’acceptabilité du condom féminin a été menée en 2001 et malgré les difficultés mentionnées, 34,4% des travailleuses du sexe et 51,9% des clients masculins en sont très satisfaits. La majorité des femmes (75,6%) seraient prêtes à l’adopter comme moyen alternatif de prévention contre les IST/VIH/SIDA, lorsque les clients s’opposeront à l’utilisation du condom masculin. Il demeurera toujours difficile pour ces femmes de négocier le port du condom masculin avec un certain nombre d’hommes. Il faut voir si cette difficulté peut être traitée autrement que par la mise à disposition de condoms féminins, pour le moment très chers et peu accessibles. La sensibilisation, le renforcement du pouvoir (« empowerment ») des femmes et le renforcement de la solidarité entre elles à l’égard du port du condom sont peut-¸être une bonne façon d'appliquer le, slogan « no condom, no sex » dans les maisons où se pratique la prostitution.

Pour conclure, nous pouvons dire que jusqu’à maintenant, l’expérience au Bénin a montré et continue de démontrer que l’intégration des activités d’appui communautaire et de prise en charge des IST auprès des travailleuses du sexe au sein d’une même structure (ONG par exemple) est un facteur favorisant le suivi des femmes. La  gratuité des soins constitue également une incitation à la fréquentation des services de santé et par conséquent à la prévention du VIH.

 L’importance d’une collaboration permanente avec les forces de sécurité dans la mise en œuvre des interventions contre le VIH/SIDA/IST doit être une fois de plus soulignée. Elle permet de sécuriser ces femmes, pour mieux les mobiliser, les suivre au plan clinique et comportemental et les amener à changer  de comportement.